Alfred MANESSIER

Alfred Manessier naît le 5 décembre 1911 à Saint-Ouen (Somme). Il passe sa petite enfance à Abbeville. Il commence à peindre ses premières aquarelles en 1923 au Crotoy.

Après des études à l’École des Beaux-Arts d’Amiens (1924-1930), il intègre l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en section architecture (1931-1935). Parallèlement, davantage attiré par la peinture, il réalise des copies au Louvre et s’initie à la fresque lors d’un bref passage dans l’atelier de Bissière à l’Académie Ranson (1935), la même année il part au service militaire.

En 1937, sous la responsabilité de l’architecte Félix Aublet et de Bissière, il exécute en collaboration, entre autres, avec Bertholle et Jean Le Moal des décorations monumentales pour l’extérieur du pavillon des chemins de fer de l’Exposition internationale des Arts et Techniques de Paris. En 1938, il s’installe à Paris et épouse Thérèse Simonnet.

En 1943, Manessier accompagne l’écrivain Camille Bourniquel au monastère de Soligny-la-Trappe pour une retraite. Au cours de ce séjour, une profonde transformation spirituelle s’accomplit en lui, et il est pénétré par une foi qui ne le quittera plus jamais. Son oeuvre s’en trouvera marquée sur le plan thématique comme sur le plan stylistique. Son interprétation des grands textes du Christianisme ne peut se transposer dans les représentations classiques. La non figuration s’impose pour donner une forme sensible à ses émotions. Il peint de nombreuses séries d’oeuvres inspirées par ces thèmes : « La Passion selon saint Matthieu » (1948), « La Couronne d’épines » (1950), « La Nuit de Gethsémani » (1952). Le thème de Pâques est souvent privilégié. La mort, pour Alfred Manessier, ne peut être évoquée qu’en opposition à la Résurrection.

Cette même année 1943, il participe à l’exposition « Douze peintres d’aujourd’hui » à la Galerie de France.

En 1944, le Musée d’Art Moderne de Paris achète pour la première fois une de ses oeuvres. La reconnaissance de son travail très personnel commence et place Manessier en avant de la scène artistique de son temps.

En 1945, Manessier expose au premier Salon de Mai dont il est membre fondateur. Il crée en 1948 ses premiers vitraux aux Bréseux : il s’agit des premiers vitraux non figuratifs posés dans une église ancienne. L’année suivante, sa première exposition personnelle est organisée à la galerie Jeanne Bucher, à Paris.

1951 sera aussi l’année de sa première exposition à l’étranger, à la Galerie Apollo à Bruxelles. 

C’est la rencontre en 1952 du couple de tisserands Plasse Le Caisne qui incite Manessier à se consacrer davantage à la tapisserie. Des oeuvres monumentales, riches de couleurs jusque dans 

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le détail, vont naître : « Chant grégorien » (1963-1969), « Vers l’espace sous-marin » (1964), « Hymne à la Joie » (1967), « La Joie » (1968), les douze tentures sur le thème des « Cantiques spirituels de saint Jean de la Croix » (1969-1971), « L’accueil » (1984), entre beaucoup d’autres.

Le rayonnement de son travail s’étend au-delà de l’océan Atlantique, le célèbre marchand Pierre Matisse organise une exposition personnelle dans sa galerie de New York (1953).

Profondément imprégné dès son enfance par les paysages et la lumière de la baie de Somme, il consacre de nombreuses toiles au littoral picard, aux ports du Nord : «Espace matinal» (1949), «Mer du Nord» (1954), «Morte-eau» (1954).

Dans l’après-guerre, les prix de peinture décernés par des institutions internationales sont des récompenses majeures qui consacrent l’importance des recherches d’un artiste. Manessier dont l’oeuvre novatrice s’impose naturellement ne peut donc échapper à ces prestigieuses récompenses.

Il reçoit le prix de la Biennale de Sao Paulo (1953), le prix de l’institut Carnegie de Pittsburg (1955). Mais c’est en 1962 que la distinction la plus prisée lui est décernée : Le grand prix de Peinture de la XXXIème Biennale de Venise. Il sera l’un des derniers artistes français à le recevoir, la même année qu’Alberto Giacometti pour la sculpture.

Manessier voyage beaucoup et s’imprègne des spectacles naturels jusqu’au moindre détail. La nature est présente également dans les oeuvres nées de ses regards sur les Pays-Bas, la Provence, l’Espagne, la Beauce, le Canada : « Petit paysage hollandais » (1956), « Terre espagnole » (1965), « Vers Jativa » (1964) , « Paysage esquimau » (1968), « Soleil d’hiver » (1968-69), « Givré » (1968), « Alléluia des champs » (1974), « La Mancha d’octobre » (1974), « Avril en Beauce » (1973), « Moissons I et II » (1971). Observateur remarquable il retrouve longtemps après des éléments qui l’ont frappés, et il les transcrit avec une rare fidélité.

Sensible à tous les événements de son temps, Manessier est, dès sa jeunesse, attentif aux tragédies du XXème siècle, de la montée du nazisme à l’assassinat de Mgr Romero, en passant par la répression du soulèvement hongrois, le procès de Burgos. Cette souffrance se retrouve dans des tableaux tourmentés qui contrastent avec l’évocation sereine de la nature : « Requiem pour novembre 56 » (1956), « Hommage à Martin Luther King » (1968), « Hommage à Mgr Romero » (1980)…

Sa grande connaissance des différentes possibilités techniques a permis à Manessier de déployer son art dans les domaines de la peinture, de l’aquarelle, de la lithographie, mais également de la tapisserie et du vitrail.

Son intérêt passionné pour le vitrail le conduit à créer en 1976 avec Jean Bazaine l’Association 

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pour la Défense des Vitraux de France à la suite du scandale des restaurations abusives de la cathédrale Notre-Dame de Chartres. Les atteintes aux oeuvres d’art sont, en effet, pour lui autant de crimes contre les hommes, contre la vie de leurs créateurs.

Après le décès de sa mère en 1977, il séjourne au Crotoy où il se livre à la joie de copier de simples galets.

Les expositions à la Galerie de France se succèdent (1970, 75,83) ainsi que de très nombreuses présentations de ses oeuvres dans les plus prestigieuses institutions internationales. 

En 1984, la nouvelle ambassade de France à Washington reçoit une magnifique tapisserie « L’Accueil ».

La mise en place de l’ensemble des vitraux de l’église du Saint-Sépulcre d’Abbeville (1982-1993) restera l’un de ses derniers grands projets

Six mois après la rétrospective consacrée à son oeuvre au Grand-Palais à Paris, le 28 juillet 1993, il est victime d’un accident de la route dans le Loiret, et il décède le 1er août 1993 à l’hôpital d’Orléans-La Source. Il est enterré dans son village natal.

Sur son chevalet reste inachevée « Notre amie la mort selon Mozart », ultime méditation picturale sur un passage d’une lettre de Mozart à son père.

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