Petit parcours Dotremont

Une douzaine d’encres et pastels

de Christian Dotremont autour

de sculptures de FX Goddard.

S’il est, comme tout un chacun, marri par ce virus qui nous tombe sur le dos sans crier gare et bouleverse toute la vie sociale, culturelle et sportive du

pays et d’une partie de l’Europe, Antoine Laurentin et Carole Joyau se félicitent, c’est déjà ça, d’une Tefaf qui leur a souri grâce à quelques belles feuilles de Christian Dotremont (1922-1979), des prémices de son oeuvre graphique

à ses fameux logogrammes, sa plus belle carte de visite aux côtés d’écrits et d’une part prépondérante dans l’avènement de Cobra.

De retour à Bruxelles à l’issue d’une Tefaf écourtée pour cause de pandémie, les galeristes ont ramené dans leurs bagages, bel avantage dans la morosité ambiante, quelques-uns de ces Dotremont ayant échappé aux gourmandises des collectionneurs. Les voici, belle facture et heureux voyage en une oeuvre emplie de surprises, soumis aux engouements d’un public bruxellois qui ne devrait pas s’y tromper.

Poète et plasticien Car les Dotremont de Laurentin valent plus que le coup d’oeil. Ils ravivent en nous la liberté d’entreprise et l’audace de  trait de ces jeux de lettres, de lignes, de mots et d’histoires à décrypter sous le manteau d’un Dotremont qui était tout aussi sûrement poète que plasticien. Les premiers feuillets datent de 1965 et l’un de ceux-ci, troublant et accaparant, nous ramène à un moment où l’artiste vient d’apprendre qu’il a la tuberculose.

Il a dès lors réussi une composition d’autant plus émouvante qu’elle le confronte à la mort par le texte qu’il y a inscrit : “Parfois, vous voyez, je ne pose plus de questions, c’est la mort.”

Plus loin, toujours de 1965, voici ses expérimentations du pastel (restées sans suite) dans trois planches : Je suis un gros crétin qui use de pastel, et on y devine un logogramme en devenir ; Un grenier répandu une fête pas assemblée et Souviens-toi. Trois feuillets parfaitement inédits. Face à ces oeuvres plus anciennes, des logogrammes des années septante, des encres enlevées d’un geste sûr : Explosion d’îles (1970), Cobrable Futur (1978), Night and Day (1978), Souci foncé (1979). Ce n’est pas tout : cerise sur le gâteau, il y a aussi

une très belle planche colorée, très facture Cobra, oeuvre à deux mains, de Christian Dotremont et Mogens Balle.

Sculptures de François-Xavier Goddard Redécouverte du sculpteur François- Xavier Goddard (1912-2006) de père sénégalais et de mère belge. Quelques-unes de ses pièces en bois témoignent d’une première adhésion à l’esthétique coloniale. Après quoi, Goddard relaya les formes, trop datées, des années cinquante. Il participa à l’Expo 58, après une rétrospective au Musée de Tervuren. À l’étage, Elie Borghrave avive la curiosité avec des oeuvres géométriques racées.

Roger Pierre Turine

18/03/2020 - Arts Libre